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Le Prix Nobel de la paix Mgr Desmond Tutu pour un Traité international sur le commerce des armes aux Nations unies

Depuis de nombreuses années, je participe aux efforts de paix, et je fais ce que je peux pour aider les gens à surmonter leurs différences. Ce faisant, j'ai également beaucoup appris du « business » de la guerre : le commerce des armes. À mon avis, c'est le commerce des esclaves de l'époque moderne. C'est une industrie qui échappe à tout contrôle : chaque jour, plus de 1000 personnes sont tuées par des armes conventionnelles. La grande majorité de ces personnes sont des hommes, des femmes et des enfants innocents.


Depuis des décennies, il existe des traités internationaux pour le contrôle de la prolifération des armes nucléaires, chimiques et biologiques. Et pourtant, malgré les pertes humaines croissantes, il n'existe toujours pas de traités régissant les ventes de toutes les armes conventionnelles depuis les armes de poing jusqu'aux hélicoptères d'assaut.

En conséquence, les armes tombent beaucoup trop facilement dans les mauvaises mains, contribuant aux violations des droits humains, prolongeant les guerres et enfonçant certains pays plus encore dans la misère. Si cela peut continuer c'est en raison de la complicité de gouvernements, en particulier de gouvernements de pays riches, qui ferment les yeux sur les terribles souffrances humaines liées à la prolifération des armes.

On estime que chaque année, les armes légères tuent à elles seules plus de personnes que les 2 bombes atomiques lâchées sur Hiroshima et Nagasaki. De nombreuses autres personnes sont blessées, terrorisées ou chassées de chez elles par la violence armée. À l'instant même où vous lisez ceci, l'une de ces tragédies humaines se déroule quelque part sur la planète.

Vous n'avez qu'à ouvrir un journal pour voir que ce problème est à l'échelle du monde. Depuis le conflit du Moyen-Orient jusqu'aux tueries du Darfour, à la violence armée au Brésil, l'absence d'un contrôle mondial sur le commerce des armes provoque les souffrances de personnes innocentes.

Prenez par exemple la République démocratique du Congo où une flambée de violence armée s'est encore produite récemment et où des millions de personnes sont mortes en près d'une décennie de conflit. Malgré un embargo de l'ONU sur les armes dirigées contre les groupes armés de ce pays, les armes continuent à affluer du monde entier.

Lorsqu'on a collecté des armes on a constaté qu'elles étaient fabriquées en particulier en Allemagne, en France, en Israël, en Russie et aux États-Unis. Le seul dénominateur commun est que presque toutes ces armes ont été fabriquées hors d’Afrique.

Cinq pays riches fabriquent la grande majorité des armes mondiales. En 2005, la Russie, les États-Unis, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni regroupaient environ 82 % du marché mondial des armes. Et il ne s'agit pas de petites affaires : la dépense des pays riches pour lutter contre le sida/VIH chaque année représente tout juste 18 jours des dépenses mondiales sur les armes.

Mais tandis que les bénéfices reviennent au monde développé, les effets du commerce des armes se font sentir principalement dans les pays en développement. En valeur, plus des deux tiers de la totalité des armes sont vendues à l'Afrique, à l'Asie, au Moyen-Orient et à l'Amérique latine. Ce n'est pas une coïncidence si beaucoup des pays les plus pauvres du monde ont connu récemment un conflit armé.

En plus de toutes ces morts, de ces blessures et de ces viols perpétrés à l'aide de ces armes, le coût des conflits va encore plus loin, jusqu'à détruire les systèmes éducatifs et de santé. Par exemple, au nord de l'Ouganda, région dévastée par 20 ans de conflit armé, on estime que 250 000 enfants ne fréquentent pas l'école. La guerre au nord de l'Ouganda, qui pourrait maintenant finalement prendre fin, a été alimentée par la fourniture d'armes fabriquées à l'étranger. Et, comme dans tant d'autres guerres, le prix le plus élevé a été payé par les enfants de cette région.

Ce sont toujours les enfants de moins de 5 ans qui sont le plus sujets à la maladie, et dans une zone de guerre les soins médicaux nécessaires ne peuvent pas être dispensés, car les hôpitaux sont détruits et la population se réfugie dans des camps de fortune. L’an dernier, on a estimé que 41% des décès dans les camps pour personnes déplacées au nord de l’Ouganda concernaient des enfants de moins de cinq ans.

Le monde pourrait éradiquer la pauvreté en quelques générations si une partie seulement des dépenses de guerre étaient utilisées pour la paix. Selon des estimations établies par le Congrès américain, 22 millions de dollars en moyenne son dépensés chaque année pour des armes en Asie, au Moyen Orient, en Amérique latine et en Afrique. Cette somme aurait permis à ces pays de scolariser tous les enfants et des réduire de deux tiers la mortalité infantile d’ici à 2015, atteignant ainsi les objectifs du Millénaire pour le développement.

Cette année, le monde a enfin la possibilité de dire « non » au scandale permanent que constitue le commerce non règlementé des armes. En octobre les gouvernements du monde vont se prononcer, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, sur une résolution visant à commencer à travailler à la rédaction d’un Traité sur commerce des armes. Ce traité serait basé sur un principe simple : pas d’armes pour les violations du droit international. Autrement dit : interdiction de vendre des armes s’il y a un vrai risque qu’elles soient utilisées pour violer les droits humains ou exacerber les conflits.

La résolution des Nations unies a été présentée par les gouvernements de l’Australie, de l’Argentine, du Costa Rica, de la Finlande, du Japon, du Kenya et du Royaume-Uni. Ces gouvernements estiment que l’heure est venue d’envisager l’élaboration d’un Traité sur le commerce des armes.

Je suis d’accord. Nous devons mettre un terme à l’impunité pour les gouvernements qui autorisent les livraisons d’armes alors qu’ils savent que ces armes risquent fort d’être utilisées pour commettre des violations flagrantes des droits humains. Aujourd’hui, on avance à grands pas vers la fin de l’impunité pour les criminels de guerre, et il est inadmissible que leurs fournisseurs d’armes continuent à échapper au châtiment qu’ils méritent.

55 gouvernements, dont bon nombre en Afrique, en Amérique latine et en Europe soutiennent maintenant le projet d’un Traité sur le commerce des armes. Celui-ci rencontre aussi un vaste soutien populaire : plus d’un million de personnes ont signé dans plus de 150 pays la pétition du « Million de Visages » soutenant le mouvement en faveur d’un Traité.

La paix ne doit plus être compromise par le commerce des armes. Je demande instamment à tous les gouvernements de placer le contrôle international des armes au premier rang de leurs préoccupations.


 
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