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L’histoire de Sanpha
«Il a pris son fusil avec une baïonnette et m’a transpercé le ventre» Sanpha, Sierra Leone
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Sanpha Sesay, un homme d’une cinquantaine d’années, travaillait comme fermier lorsque le Revolutionary United Front (RUF, Front révolutionnaire uni) a attaqué son village de Mayongbo dans le district de Bombali le 7 mai 1998. Il avait été forcé de se replier là à cause d’attaques dans l’est du pays où il travaillait comme commerçant.
«C’était tôt le matin. Certains d’entre eux ont commencé à tirer dans la mosquée et certains se sont mis à trancher les membres des gens. J’ai essayé de sortir de la mosquée, mais l’un d’eux m’a attrapé. Il a pris son fusil avec une baïonnette et m’a transpercé le ventre. Quand il a retiré la baïonnette, mes intestins sont sortis. L’un d’eux a dit : "Je vais lui tirer dessus." Mais l’homme à la baïonnette l’a arrêté en disant : "Cet homme va mourir de toutes façons, laissons-le là." J’ai rassemblé mes intestins dans ma longue chemise. Je pensais aller jusqu’à la route et simplement m’allonger là pour mourir, pour que les gens me trouvent.»
Sanpha Sesay a commencé à marcher vers la ville la plus proche, à environ dix kilomètres, à travers la brousse. Quelqu’un l’a vu et l’a dit à sa femme, à l’imam et au chef de village, qui sont tous venus et l’ont trouvé allongé sur le sol. La Croix-Rouge l’a emmené à l’hôpital, où il est resté un mois avant d’être transféré dans un autre hôpital. Lorsqu’on lui a demandé s’il souffrait encore, il a dit: «On peut peut-être parler uniquement d’atténuation de la douleur car, même assis ici, j’ai mal par moments. Et je ressens vraiment la douleur quand j’essaie de travailler. Donc je ne peux plus vraiment travailler. Je continue à avoir des flash-back. À chaque fois que j’entends un grand bruit, je revis ce qui s’est passé. Si j’entends un bruit de moto comme un tir d’arme à feu, c’est pour moi le son annonçant que quelqu’un est en train d’être tué, et la peur me saisit.
«Si j’avais de l’argent, j’entreprendrais un petit commerce. J’étais sur le point de construire une maison lorsqu’ils ont attaqué, et ils ont pris tous les matériaux. J’ai honte que ce soit quelqu’un d’autre qui pourvoie à mes besoins, et je sais qu’il est difficile pour cette personne de prendre soin de moi, de ma femme, et de mes enfants.»
Selon le chef du village, huit personnes ont été tuées ce matin-là à Mayongbo, et 17 enlevées, parmi lesquelles huit filles et jeunes femmes. Sur les 48 maisons du village, 31 ont été brûlées. Les rebelles ont emporté tous les animaux de la ferme. Maintenant, quand on leur demande comment ils peuvent cultiver la terre sans leurs bœufs, tous les hommes montrent leurs mains. Les paumes sont couvertes de callosités causées par les instruments rudimentaires qu’ils utilisent pour labourer. Le village n’a reçu aucune aide depuis la fin de la guerre, et ils ont beaucoup de difficultés à produire assez de nourriture pour leurs familles.Haut de la page
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